21 septembre 2012

Israël : Bibi, les rabbins et la fin du monde

20/09/2012 à 17h:19
 
 

Sollicités par le Premier ministre, Benjamin Netanyahou, des  dignitaires religieux israéliens alimentent à leur tour le débat sur le  nucléaire iranien. Leur discours fait froid dans le dos...

L'affaire remonte au 17 août, un vendredi soir, veille de sabbat. Alors  que les rumeurs de l'imminence d'une frappe contre l'Iran ne s'étaient jamais faites aussi insistantes, le  Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, dépêche l'un de ses proches  collaborateurs au domicile du grand rabbin Ovadia Yossef, 91 ans. Directeur  du Conseil national de sécurité, Yaakov Amidror a pour mission de convaincre  celui qui est considéré comme le chef spirituel du parti ultraorthodoxe Shass,  d'obédience séfarade, de soutenir une intervention militaire contre la  République islamique.

L'Iran, "nation diabolique"

Sa formation religieuse, représentée au sein du gouvernement israélien par  Eli Yishai, ministre de l'Intérieur, s'oppose jusque-là au principe d'une  attaque contre les installations nucléaires de Téhéran, jugée « trop  risquée » sans le consentement des États-Unis. Or Yishai est aussi l'un des  huit membres du cabinet de sécurité, l'instance supposée donner son feu vert à  toute action préventive de l'armée. Son vote est potentiellement décisif.  Quelques jours plus tard, c'est le bouillonnant chef de la diplomatie  israélienne, Avigdor Lieberman, qui tente d'obtenir les faveurs de Belzer Rebbe,  illustre figure des hassidiques, principal courant du judaïsme ashkénaze  ultraorthodoxe.

Rien ne filtrera des deux réunions, dont la première, révélée après coup par  la presse israélienne, aboutira, le lendemain, à cette intrigante déclaration  d'Ovadia Yossef devant ses fidèles : « Notre situation actuelle est  profondément troublante, terrifiante. L'Iran, cette nation diabolique, souhaite  notre destruction. Que nous l'attaquions ou non, nous devons implorer de tout  notre coeur le Tout-Puissant. » Une semaine plus tard, le chef religieux  lance un nouveau message beaucoup plus explicite. « Lorsque nous appelons  Dieu à amener la fin de nos ennemis, nous devrions penser à l'Iran, ces démons  qui menacent Israël. Puisse Dieu les détruire », s'emporte Yossef, dont les  diatribes anti-Arabes ont longtemps défrayé la chronique.

Discours messianiques

Cette connivence entre les sphères politique et religieuse n'est pas du goût  de tout le monde, surtout quand elle semble engager la sécurité de l'État hébreu  et de ses citoyens. « Je n'ai pas confiance dans une direction qui prend  des décisions fondées sur des sentiments messianiques », s'était agacé  Yuval Diskin en avril dernier. À l'instar de cet ancien patron du Shin Bet - les services de contre-espionnage -, plusieurs ténors de l'appareil  sécuritaire récusent l'alarmisme de Netanyahou et de son ministre de la Défense,  Ehoud Barak, à propos de la « menace » nucléaire iranienne. Tous deux  partisans de la manière forte pour l'éradiquer, ils sont accusés de vouloir  précipiter le pays dans une guerre aux conséquences dévastatrices.

Dieu interviendra pour sauver le "peuple élu" froudroyant au passage ses  ennemis

Car derrière un sentiment de responsabilité morale à l'égard du destin du  peuple juif - que ses détracteurs croient sincère -, l'actuel chef du  gouvernement israélien ne serait pas insensible à certains courants rabbiniques.  Celui de Menachem Mendel Schneerson, par exemple, défunt leader du mouvement  Loubavitch, que Netanyahou avait cité lors d'une allocution à l'ONU en  septembre 2011. Ses adeptes, dont ferait partie le Premier ministre,  estiment que ce rabbin n'est autre que le Messie et qu'il vivrait toujours au  milieu des hommes.

Un an plus tôt, dans un discours marquant la commémoration de la libération  du camp d'Auschwitz, Netanyahou avait annoncé que la prophétie du  chapitre 37 d'Ézéchiel, « Les ossements desséchés », était  accomplie. Selon cette vision eschatologique, les prophéties des  chapitres 38 et 39 seraient donc sur le point de se réaliser. Israël  s'engagera dans une immense bataille, « Gog et Magog », où il essuiera  de très lourdes pertes, mais à l'issue de laquelle Dieu interviendra pour sauver  le « peuple élu », foudroyant au passage ses ennemis.

Guerre imminente

Dans un pays où la spiritualité guide le quotidien et les aspirations d'une  partie non négligeable de la population, cette rhétorique messianique est loin  d'être marginale. Sur internet, des dizaines de vidéos annonciatrices de la fin  des temps apparaissent chaque jour. Des rabbins y décryptent les codes secrets  de la Bible, présentant Mahmoud Ahmadinejad comme la réincarnation d'Aman, ce vizir  perse qui, jadis, avait planifié la destruction des Juifs. La guerre contre  l'Iran y est même annoncée pour le mois d'eloul 5772, ce qui, d'après le  calendrier hébraïque, correspondrait... à septembre 2012.

Alors que certaines fuites dans la presse suggèrent une attaque israélienne à  l'automne, juste avant l'élection présidentielle américaine, des sages appellent  déjà les Juifs à la rédemption. « Nous savons des choses que vous ignorez.  Ni les abris ni les systèmes antimissiles de Tsahal ne pourront vous  sauver », assure l'influent rabbin Amnon Itshak Chlita, qui prédit un  déluge de feu contre les villes israéliennes. « Retournez à la foi, priez,  respectez le repos du sabbat, et l'Éternel vous offrira sa  protection. »

 


Commentaires sur Israël : Bibi, les rabbins et la fin du monde

    Faucon

    Cela fait un bout de temps que les faucons souhaitent attaquer l’Iran. Mais vu que 80% de l’exécutif (ainsi que les universitaires) de là bas sont d’ascendance faucon, alors, il serais peu probable que l’on puisse attaquer son propre cousin germain. N’est ce pas ?

    Posté par Internaute1, 22 septembre 2012 à 09:43 | | Répondre
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